samedi, janvier 14, 2006

Une histoire d'amour...

C'est de loin mon record absolu en terme de couple...!

Mais aujourd'hui Pétronille et moi fêtons notre douzième anniversaire!

Oh! je sais bien que pour les non-chats (entendez les humains qui n'ont pas d'atomes crochus avec ces bêtes) ce genre de commémoration est on ne peut plus puérile.

Mais ils ne savent pas (les pauvres) tout le bonheur et la joie de vivre au quotidien avec un animal indépendant et affectueux... Pas plus qu'ils ne peuvent deviner l'incroyable complicité et compréhension mutuelle qui se construisent au fil du temps.

Pour fêter ça je ne peux résister à l'envie de republier l'histoire de notre rencontre. (Vous y verrez d'ailleurs que ce joyeux anniversaire en cache un autre plus triste,mais c'est bien comme ça la vie non?).

Je vous laisse à cette lecture, moi je vais lui acheter un cadeau à ma belle pitounne....

Parce que je l'aime profondément si vous voulez savoir.

__________________



Janvier '94. Depuis septembre, je vis dans l'Ouest canadien, à Edmonton pour être plus précis. "Edmonotone". "Deadmonton" en anglais. Bref, la mort. On m'a envoyé en poste là-bas, et ce n'est pas vraiment mon choix. Vraiment pas en fait. Je viens d'ailleurs de passer les quatre mois les plus sombres de mon existence, jonglant même avec des pensées… disons pas très bonnes pour la santé. (Tout a fini par très bien tourner, mais c'est une autre histoire.)

J'avais passé les Fêtes à Québec. Ma grand-mère venait d'entrer à l'hôpital. En partant, je savais que je ne la reverrais plus. À mon arrivée à Edmonton, le lundi soir, plongé à nouveau dans la solitude de ma petite maison louée, l'idée me vient d'adopter un chat. Ça fait très longtemps que je n'ai pas eu de chat (j'ai passé les 13 dernières années à vagabonder de par le monde ). Ici je ne sors plus ou très peu, (moi la viande soule à 9 heures le soir qui beugle du country…) je me sens tout à fait capable de bien m'en occuper.

Le lendemain, mon réalisateur m'amène à la SPA, au fin fond de la ville. Je fais le tour des cages à la recherche de chatons. Il y a une portée mais… J'ai toujours pensé que ce n'était pas nous qui choisissions un chat, mais bien le contraire. Bref, ça ne clique pas. Un peu plus loin, je passe devant une cage à la hauteur de mes yeux. Une chatte adulte, de huit mois environ, se précipite sur le grillage en miaulant.

C'était toi. Oh, la façon que tu m'as fait! Facile de m'en souvenir, depuis tu n'as pas changé d'un poil. (Enfin d'un trillion de poil si tu vois ce que je veux dire…) Je te sors. Tu te blottis dans mon cou. Je te trouve adorable, mais tu as tendance à faire de la préhension avec tes griffes, j'ai un bébé chat en tête… Je t'ai remise dans la cage et je suis parti.

Le lendemain et celui d'après j'ai rappelé la SPA, pour savoir s'ils avaient reçu une autre portée de bébés. Rien.

Vendredi matin, le téléphone sonne chez moi. Mais ce n'est pas la SPA, c'est ma sœur. Grand-maman est morte pendant la nuit. Après 35,928 jours de bons et loyaux services….

Je raccroche. Pleure un peu. Ma grand-mère c'est un gros morceau pour moi. La maison de l'Ile d'Orléans, les étés de mon enfance…Une grande complicité et quelques milliers de parties de scrabble…

Et soudainement, je suis littéralement traversé par une pensée fulgurante. "Imbécile heureux, mais tu l'as trouvé ta chatte!" Je rappaille les maigres sous que j'ai et je me précipite en taxi vers la SPA.

J'entre comme un fou, bouscule plusieurs personnes. Abouti devant ta cage… Où trône, un rien rébarbatif, un gros mâle noir. Je fais toute les cages, une après l'autre, pour aboutir devant la dernière. Au bout de ce qu'ils appellent là-bas, "the death row".Le couloir de la mort. Les chats sont transférés de cage en cage au fur et à mesure des nouveaux arrivages. Après la dernière, s'ils n'ont pas été adoptés… Excuse-moi, je suis encore ému. Je n'aurais pas aimé être arrivé en retard.

Mais tu es bel et bien dans la dernière cage. Je te prends dans mes bras, et encore une fois tu t'aplaties contre moi, la tête dans mon cou, ronronnant assez fort pour m'empêcher de bien entendre la préposée au comptoir à qui j'explique le coup de foudre. Tu es un peu nerveuse des va-et viens autour, la jeune fille me dit qu'on en a pour une demi-heure à remplir des papiers, me suggère de te ramener dans la cage, le temps de tout régler. Je vais te porter et reviens dans l'autre salle. La fille me tend un premier formulaire. Debout devant son comptoir, je regarde distraitement à mes pieds…

Tu es là!

Je m'excuse, (j'ai mal fermé la porte…) te reprend, te ramène encore. C'est ce genre de cage dont la grille a deux tiges sur le côté qui ouvre. Ils s'emboîtent dans un creux du montant de la cage. Une pièce de métal coulisse dessus, empêchant les tiges de sortir. Je secoue la grille plusieurs fois pour m'assurer qu'elle est bien fermée.

De retour au comptoir, je prends la feuille, inscrit mon nom… Et je sens quelque chose frotter contre mon pantalon. Je me penche à nouveau. Tu me fixes au fond des yeux avec un air de me dire: "cette fois tu ne pars pas sans moi". Je te prends te dépose sur le comptoir à côté de moi. La préposée sourit.

"Vous allez l'appeller comment?"

C'est sorti tout seul.

"Pétronille."

L'Île d'Orléans. Grand-Maman. Sainte-Pétronille. Premier village à droite, en sortant du pont.

Et tu es restée immobile tout le temps que ça a duré, malgré le brouhaha ambiant, en ronronnant comme un quadri-réacteur…

Nous sommes rentrés à la maison, toi bien à l'abri contre moi, dans mon manteau entr'ouvert. Le nez dans mon cou.

Et j'ai cessé d'être seul.

Je sais. Je t'ai sauvé la vie ce jour-là.

Mais toi , je sais que tu le sais aussi, tu as sauvé la mienne.

Bertrand

P.S. Je n'ai jamais compris comment tu as fait pour ouvrir la cage…

: Mawww... Et tu ne le sauras jamais…


8 Commentaires:

Blogger marie a répondu...

oh snif snif
moi aussi Candide je l'ai trouvée dans une cage de fond de couloir, elle avait un an, personne ne voulait d'elle, à côté des chatons mignons.
même genre d'histoire.
je l'ai appelée Candide parce que lorsque je l'ai ramenée chez-moi, au lieu de freaker et de se sauver en dessous d'un appareil ménager quelconque, elle a regardé autour, est montée sur le lit et paisible, elle s'est endormie. elle était arrivée à la maison.

1:22 p.m.  
Blogger coyote des neiges a répondu...

J'avais lu l'histoire de cette rencontre la première fois que tu l'as publiée, mais même la seconde fois, j'ai encore la boule dans la gorge en le lisant...
Bon anniversaire, à Pétronille et à toi!

1:41 p.m.  
Anonymous carambole a répondu...

Bon anniversaire et longue vie à votre bien joli couple.

6:38 p.m.  
Anonymous Anonyme a répondu...

Très belle histoire et très touchante... je ne m'attendais pas du tout à être ému à vous lire comme ça par hasard.

9:01 p.m.  
Blogger Lumières a répondu...

Moi aussi c'est ma deuxième lecture de ce texte que je redécouvre avec plaisir. Et je maintiens que grand-mère a sûrement donné un petit coup de pouce pour la barrure

8:15 a.m.  
Blogger Bertrand a répondu...

Merci de vos bons mots.... Et je suis heureux que ça vous touche, parce que ça en dit long aussi sur votre sens de l'amour de la vie et de êtres vivants...

Et oui Lumières, il se peut bien que Mère Grand ait donné un ptit coup de main:-)

4:15 p.m.  
Anonymous Yann a répondu...

Je comprends ça…
Mon clan est assez nombreux … 3 bipèdes et 5 quadrupèdes (je ne compte pas mes moutons)…
Bien sûr mes amours premiers sons ma femme et ma fille… mais avec 2 des autres j’ai développé une amitié particulière (c’est 2 mâles)
Des potes des vrais … Max le chien Bâtard tout en empathie et en partages, chef du groupe quadrupède (qu’il pense) généreux et joueur avec tous…
Et Buz l’ex-matou (ben … maintenant il lui manque des attributs pour prétendre à ce titre) aristocratique et zen, lui n’est ni chef ni vassal de personne… mais lui seul arrive à me détendre du stress quotidien … il sait donner gratuitement … c’est rare pour un chat

10:51 a.m.  
Anonymous paul a répondu...

J'ai fait euthanasier mon chat, printemps dernier. C'était la première fois... Premier grand deuil également, bêtes et humains confondus. J'ai vu la lumière s'éteindre dans son regard; les yeux qui virent dans un rien tout gris.

La douleur est terrible. Ça tiraille, ça déchire; un grand trou au ventre. Walatou dormait collé-collé depuis plus de deux ans. Le vide ... on se sent tellement aspiré. C'est comme un grand vertige complètement triste.

Je ne croyais pas qu'une douleur affective puisse se muer en une expérience aussi physique et viscérale. La vie m'avait épargné(?) jusque là.

On en revient, bien entendu. On revient de tout, heureusement.

Faut être là avec ces grands donneurs de leçons; ces chats qui n'ont d'autres activités que celle de la présence dans l'ici et maintenant.

9:13 p.m.  

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B.H.

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