dimanche, janvier 30, 2005

"Tuerieologie" 101

Je ne saurais trop vous recommander de jeter un œil au carnet de mon ami blogueur Marcus, à propos de la "killology"... À frémir.

Je ne reprendrai pas ici ce qu'il développe lui-même très bien, mais plutôt de la montée généralisée de la violence qui me frappe (sans jeu de mots) et m'effraie depuis longtemps.

Je veux dire: la montée "en intensité" de la violence… De la vieille dame battue à mort ou presque, en pleine rue par des ados de Montréal, au "dépanneur" attaqué avec une brutalité insensée, c'est la sauvagerie qui est la plus troublante.

La banalisation strictement ludique de la violence extrême (films, jeux vidéo etc.) est en train de saper les valeurs humaines les plus fondamentales. J'ai vu de trop près ce que donnait l'absence soudaine de garde-fous (voir 04-94) pour croire que ce genre de dérapage n'est réservé qu'aux "autres". "Ailleurs".

Il est impossible de vivre à plusieurs sans le vernis fragile mais indispensable d'un respect minimum. De l'autre. Des objets communs (mobilier urbain, parcs etc.) créés ou entretenus par d'autres dont on bafoue l'effort et le travail en les maltraitant. Le "je-m'en-foutisme" est l'anti-chambre du "au-plus-fort-la-poche",
et partant de là, de la guerre civile totale.

J'exagère? Les inégalités sociales, la pression de la performance, amènent de plus en plus de gens à "craquer". Ce n'est pas nouveau. Mais l'insensibilité grandissante envers l'horreur des moyens employés est franchement cauchemardesque.

Pour illustrer son propos, Marcus publiait cette image de jeu vidéo, ironisant qu'au moins ce n'était pas un paysage québécois…
Mais pour ceux qui atteignent un tel stade de désensibilisation, qui dit qu'un jour le "paysage" ne deviendra pas une rue du Vieux Québec par exemple. Et que soit franchi le pas entre le virtuel et la réalité…


7 Commentaires:

Blogger Marie-Chantal a répondu...

Fascinant récit que celui du Rwanda, lu sur ton site. Je n'ai vu que la pièce de 6 heures, à la limite du supportable. Une soirée de cauchemars et de larmes. La nature humaine est si angoissante.

L'image du Vieux Québec a vraiment plus d'impact, si j'ose dire...

5:22 p.m.  
Blogger Marie-Chantal a répondu...

...et comme elle est si angoissante, cette nature humaine, elle n'a pas besoin d'être stimulée par certains éléments pervers et violents.

5:53 p.m.  
Blogger chrysalide a répondu...

La montée de la violence est perceptible partout, sur la route (combien d'insultes aux chauffards entendons-nous), sur le lieu du travail (le harcèlement bien que légalement interdit, est très largement répandu), il faut être un gagnant à tous prix, si tu es un looser, le rejet frappe à la porte.

Des adultes s'insultent dans la vie courante et à la télé (il est de bon ton d'en rire quand on est insulté), les films "d'action" violents pullulent sur nos petits écrans et les reportages d'actualité démontrent que le plus puissant, le plus armé sera le gagnant. Quant aux jeux vidéos ils ne font qu'entretenir le sentiment qu'une vie ne vaut rien.

Tout cela devient si "banal" en effet, qu'on en oublie le principal qui comme tu le dis si bien consiste dans un respect de l'autre, de sa différence et de sa vie.

Quant à bafouer le "travail" de l'autre tout cela va ensemble et en découle.

Les jeunes errent dans les rues, sentent que le monde du travail les rejette comme elle rejette leur père ou mère après (et souvent avant) 50 ans. C'est le cas de 80 % des quinquagénaires en France. Les inégalités sociales sont de plus en plus criantes en France et la tension monte et est très perceptible, il y a un véritable malaise. Le chomage connu dans notre belle France n'arrange donc rien.

Quant aux personnes qui travaillent dans le privé, elles se sentent de plus en plus "exploitées" se "tuant" à la tâche, les employeurs refusant de recruter; et elles craquent sous la pression d'une vie trop lourde. Le dernier sondage demandant aux français s'ils étaient solidaires des grèves dans la fonction publique a été à 80 % positif. C'est dire si les salariés se sentent étouffés.

Que faire face à cette violence muette du quotidien amplifiée par la tension de la violence que nous voyons ravager tant de peuples autour de nous ?

Killology donc à tous les niveaux. Je ne pense pas noircir le tableau, c'est la situation telle que je la vois chaque jour autour de moi et c'est celle avec laquelle je vis.

Je ne crédite absolument pas la violence, je suis une antiviolente convaincue et prône le respect. Je donne juste ici mon interprétation personnelle.

Il est tout de même incroyable de constater la passivité de l'état qui laisse cette violence se propager et se nourir en son sein sans tenter de soigner les racines du mal.

Toutes mes excuses pour la longueur de ce commentaire Bertrand.

6:33 a.m.  
Blogger Bertrand a répondu...

Mais voyons Chrysalide! Des commentaires aussi lucides et complets que les tiens , j'en redemande moi!

7:22 a.m.  
Anonymous Kate a répondu...

Je crois que l'explication de la "montée en intensité de la violence" tient dans ces mots: "la banalisation strictement ludique de la violence extrême".
Certains diront que c'est jouer à l'autruche de condamner ces jeux alors que la violence, elle est déjà dans la rue, mais je dis que la violence engendre la violence. Et à force d'en voir, d'en vivre, d'en jouer, elle n'a plus de signification: elle devient un moyen comme un autre de parvenir à ses fins, sans égards aux autres, à l'environnement.
Si on ne peut plus empêcher le marché des jeux vidéos violents, il appartient à la Société, c'est-à-dire nous tous, d'inculquer, à ceux qui en manquent, le sens du civisme, du respect d'autrui et de sa propriété. Et à ceux qui persistent: "Shame on you".

9:10 p.m.  
Anonymous Anonyme a répondu...

J’ai un grand garçon de 11 ans. Il a des amis. Des poqués, des tout seuls, des « débrouilles-toi pour ton déjeuner, ton dîner, ton souper », des « déranges nous pas et vas regarder la tv » , des « on a de l’argent, on travaille tout le temps, on se sent coupable alors on te donne tout ce que tu veux », des « on n’a pas d’argent, jamais, on est stressé, fatigué, alors faire de l’éducation, pas d’énergie pour ça », enfants-rois, enfants de la misère…
Et ça dure depuis la maternelle. Je les côtoie, je leur ai servi à dîner, je leur ai parlé, j’ai aussi soigné les blessures qu’ils avaient infligées à mon fils. Et j’ai peur de ce qu’ils vont devenir, ces enfants en colère, frustrés, blessés, abusés, négligés…
Je dirais sans trop me tromper qu’il s’agit du tiers des élèves de son école. Un quartier très correct, dans une ville très correct.
Jeux vidéo? pas terrible, je vous l’accorde. Très violent bien souvent. Mon fils y joue. Il n’est pas violent pour un sou. La violence, ça s’apprend aussi ailleurs que dans les jeux vidéo.

« (…) une petite fille de 6e année faisant le trottoir à 6h30 le matin, avant son entrée à l'école; un garçonnet de huit ans déjà «abandonné» à deux reprises par ses parents; des adolescentes d'une école secondaire égrenant péniblement les heures dans un cours de français avant d'aller travailler le soir dans... un club de danseuses, sous l'emprise d'un proxénète; des dizaines de nouveaux inscrits de la maternelle qui ne savent faire autre chose qu'émettre des sons, n'ayant tout simplement jamais appris à parler. Et encore : des enfants sans bottes ni habit de neige; des centaines de ventres vides le matin; des départs déchirants pour la maison le vendredi parce qu'on redoute plus que tout le chaos de la fin de semaine à la maison (…) » Marie-Andrée Chouinard, L’enfance en mille miettes, Le Devoir 14 février 2005

Mais où est donc l’alarme que j’aimerais faire sonner pour nos enfants?
Marie-Hélène

9:55 a.m.  
Anonymous Babou a répondu...

La vulgarisation de la violence? J'ai trente ans, ne me suis jamais battu de la vie et suis d'une politesse qui me fait passer pour homme du siècle passé. Le manque de respect qu'ont les gens les uns pour les autres, cet individualisme vers lequel les sociétés nous exhortent, la pression constante dont nous sommes accablés par nos employeurs pour conserver notre place, tant de choses qui nous amènent au renfermement sur nous-mêmes, renfermement qui, par excès de frustation, peut devenir, chez les personnes les plus faibles, une colère envers et contre tout débordant parfois sur des actes d'aggressivité que celle-ci s'exprime par le biais du verbe ou des coups. Je vous prierais de ne plus critiquer le cinéma ou le jeu vidéo car c'est là, une grande erreur. Depuis l'âge de 6 ans, les jeux vidéo les plus violents sont passés entre mes mains, les oeuvres vidéoludiques les plus poétiques aussi. Ainsi, j'y ai gagné patience, goût de la combattivité, intelligence et, avant tout, j'ai appris à gérer ma colère car il est très frustrant de repasser une millième fois un passage dans un jeu tout en sachant pertinemment qu'en étant énervé, on manquera de l'adresse et de la patience nécessaires pour aller plus loin. Alors, je vous en prie, recentrez votre débat et trouvez les raisons réelles de ce malaise sociétal. Car trouver un bouc-émissaire en justifiant ses accusations par des on-dits, des images dont on ne connaît pas le sens, des reportages télé mensongers qui interpellent la ménagère en manque de critiques, n'arrangera jamais rien. Vous savez, vous qui jugez si vite, je suis sûr que si vous croisiez mon chemin et que je vous tenais la porte pour vous laisser passer dans un centre commercial, vous ne prendriez pas forcément la peine de me remrcier. Et ce sont ces manques quotidiens qui font de cette planète dans laquelle on vit, un endroit où il fait mal-être.

Mohamed Khomsi

3:20 a.m.  

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