samedi, février 19, 2005

Peur

Debout devant la porte de toutes mes angoisses, les fesses à l'air et les chaussons en papier bleu aux pieds, j'attends que le technicien révise mon questionnaire dûment rempli. Original comme activité, un vendredi à 21h45…

"C'est votre première fois?"

Oui et je m'en passerais volontiers si vous voulez vraiment tout savoir. Pas besoin de prononcer la phrase, c'est écrit gros comme ça sur ma tronche.

"Vous aller voir, ça va bien se passer".

Il ouvre la porte. Au centre de la pièce, une grosse boule beige percée de part en part, pulse régulièrement. Si elle avait des bras mécaniques, ça ressemblerait beaucoup aux navettes rondes du vaisseau Discovery dans 2001 Odyssée de l'espace.

Pas de bras, mais une "langue" sortie. Une plate-forme étroite, surbaissée, dans l'axe du trou central. Où bien sûr je dois m'étendre. Bouchons dans les oreilles. Ma tête immobilisée par un étau. Se rajoute, couvrant mon menton jusqu'à mon nez, une pièce de plastique ajourée, comme un protège-machoire de casque sportif. Une couverture chaude.

La panique me prend.

Je ne suis même pas encore "dans" la machine.

"Enlevez-moi ça!"

Je me relève brutalement. J'arpente la pièce comme un dément sous le regard patient du technicien.

"Pas capable. Pas capable. Je ne suis pas capable d'entrer là-dedans!"

Je gesticule. Je fais le tour de l'appareil. Le tube central est ouvert aux deux bouts. Me convaincre de ne pas oublier qu'il est ouvert aux deux bouts.
Le tech me parle, essaie de me rassurer. Lénifiant. Trop. T'en fais trop là, tu ne me calmes pas tu m'énerves…Ok, ok. Respire par le nez. Calme-toi, Bertrand. Quand faut y aller… Ta volonté, Bertrand. Ta volonté… D'accord. D'accord, je vais le faire.

Non. Pas de bouchons, pas de couverte. Ça ne fait qu'accentuer ma claustrophobie. Je me recouche. Re-étau. Re-protège-machoire. Dans une main, une "poire" qui sert de sonnette d'alarme pour tout arrêter. Allez, on y va. Vite.

Et la langue m'avale. Couché dans le tube, j'ouvre les yeux, les referme. Le plafond est décidément trop bas à mon goût. Je suis au bord de hurler. Le son commence. "Dongdondongdong…" Une minute. C'est fou comme ça peut être horriblement long soixante secondes…. Fini. Je demande à sortir quelques minutes. Pas le droit de bouger, mais au moins je peux lever mon bras droit pour soulager la douleur. Douleur qui n'a rien à voir avec la machine, mais qui est justement la raison pour laquelle je suis ici. Et qui explose à cause de ma position couchée. La plate-forme me renvoie dans l'appareil.

"Encore deux fois 5 minutes" dit la voix dans le haut-parleur.

Là, je tiens bon. En partie parce que je réussis à me calmer, et parce que mon dos et mon épaule font si mal que ça me distrait du reste.

La boule me recrache une dernière fois. C'est fini. Curieux je demande à voir à quoi ça ressemble un test de résonance magnétique, mais ce n'est pas possible me dit-on. Tant pis.

Je m'habille. Je sors de l'hôpital. C'est drôle, ce n'est pas le soulagement qui domine mes émotions. C'est bien plus profond comme sentiment.


Je suis vraiment, vraiment très fier de moi.

12 Commentaires:

Blogger Maryse a répondu...

OUF !

Les tests médicaux de tout acabit me foutent les boules ! Certains dont j'ai été témoin (papa s'est "mourrut" du cancer pendant quatre ans) et d'autres que j'ai subis. Beurk !! Ça prend des nerfs d'acier.

Vous avez de quoi être fier en effet.

J'espère que tout va bien.

6:35 p.m.  
Blogger Pascale a répondu...

Au contraire, moi mon angoisse elle est dans l'attente des résultats bien avant les tests eux-même. L'an passé, j'ai dû patienter deux mois entre le moment où le généraliste a admis une irrégularité et le rendez-vous chez le spécialiste qui m'a fourni la réponse à mes inquiétudes. Deux mois, c'est une éternité quand on est dans le doute, quand on sait qu'on a quelque chose sans savoir ce que c'est.
Bon courage à toi pour la suite et te souhaite que tout aille bien.

6:53 p.m.  
Blogger Mont-Lebel a répondu...

Vraiment, vraiment très fière de toi, moi aussi...ca m'donne un p'tit peu de soleil dans c'te foutue journée....
Francine

8:46 p.m.  
Blogger Mont-Lebel a répondu...

Vraiment, vraiment très fière de toi, moi aussi...ca met un p'tit peu de soleil dans c'te foutue journée....
Francine

8:56 p.m.  
Blogger Mont-Lebel a répondu...

oups! désolée pour le double...j'sais pas encore comment ca marche...quoique voir double...ouais!

9:03 p.m.  
Blogger chrysalide a répondu...

Je vois que nous souffrons des mêmes maux, l'un ponctuel (je te le souhaite) le mal de dos (est-ce lié à l'utilisation trop effrénée de l'ordinateur)et l'autre plus ancré (la claustrophobie). Le fait même de me trouver dans un ascenseur me rend malade. En lisant ton billet j'ai ressenti ta peur. Je n'ai jamais subi ce genre d'examen, et ne sais comment je réagirai. tu peux être fier de toi car combattre cette phobie est très difficile.

11:14 p.m.  
Blogger Linda a répondu...

Faut vraiment avoir une santé de fer pour survivre à leurs tests. Et faut vraiment être patient pour devenir un patient.

11:19 p.m.  
Anonymous Anonyme a répondu...

Oui, félicitations pour avoir surmonté cette épreuve.

Claustrophobie... ça nous ramène à des visions angoissantes.

Chantal.

6:10 a.m.  
Blogger La Souris & Myrrha a répondu...

À chacun ses exploits personnels; ça mérite des félicitations!! :)

4:18 p.m.  
Anonymous Anonyme a répondu...

Soigne-toi bien mon Bert. Si j'imagine quelqu'un qui puisse détester se voir enfourné dans un électro-aimant, ligoté et en jaquette verte, c'est bien toi... (lis là un compliment, qui souligne la pugnacité louable de ton caractère...) Bravo pour ta maîtrise. Et mes voeux de rétablissement, ardents et sincères.
Guillaume

4:14 a.m.  
Blogger Bertrand a répondu...

Que dire?
Merci pour vos bons mots...

Ils ont même l'air d'être efficaces.. La douleur a singulièrement baissé d'intensité
depuis deux jours...

3:20 p.m.  
Blogger Coyote inquiet a répondu...

Bouahh ! Dur dur, l'hôpital...

Chapeau pour le courage. Et meilleure des chances pour la suite.

11:32 a.m.  

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"Si on oublie le passé, on ne peut comprendre le présent.
Encore moins appréhender le futur."
B.H.

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